FAUNE SAUVAGE - cliniques vétérinaires de
Robinson, Sainte-Marie, Dumbéa à nouméa
en nouvelle calédonie

La Nouvelle-Calédonie est un paradis pour les amateurs de nature. Peu peuplée et grande (c’est la troisième île du pacifique sud par la taille), l’impact de l’homme et de l’industrie est resté

modéré, malgré une activité minière extrêmement importante (nous sommes assis sur des stocks de nickel considérables). La flore est absolument exceptionnelle et compte un taux d’endémisme de plus de 70 % (70 % des plantes recensées n’existent pas ailleurs dans le monde), avec quelques stars mondiales comme l’Amborella qui est considérée comme la plante à fleur la plus ancienne du monde, ou le bois-corail, seul gymnosperme parasite connu (en gros, un sapin qui en parasite un autre) 

 
Les oiseaux ne sont pas en reste : le Cagou, symbole de la Nouvelle-Calédonie, le Notou, le plus gros pigeon arboricole du monde, la superbe perruche d’Ouvéa qui a failli disparaître, et une impressionnante avifaune marine : sternes, puffins, frégates, noddis, fous…Plus de 350 ilots du nord au sud constituent un sanctuaire pour plus d’un million d’oiseaux qui viennent s’y reproduire. Certaines de ces espèces qui peuvent nous paraître abondante du fait de leur concentration ici sont en fait en train de s’éteindre, à cause de la raréfaction des ressources alimentaires, des activités humaines, des prédateurs introduits (le rat…) malgré les programmes de préservation. Des ilots proches de Nouméa, comme ceux des cinq îles ou N’do revêtent une importance mondiale : s’y concentrent plus 75  % de la population totale de certaines espèces.

La Nouvelle-Calédonie compte le plus grand lagon du monde, sa superficie est supérieure à celle de la Suisse. La faune marine qui y vit est incroyablement variée et abondante. L’Unesco ne s’y est pas trompé en inscrivant au patrimoine mondial de l’humanité plusieurs zones représentant au mieux la variété des écosystèmes rencontrés (http://whc.unesco.org/fr/list/1115).

Soigner les animaux marins est un challenge passionnant. C’est un domaine encore largement inconnu avec des contraintes très spécifiques. On n’anesthésie pas un animal marin aussi aisément qu’un mammifère, il y a peut de données biologiques, de normes, la prise de sang- examen on ne peut plus commun – se révèle autrement délicate sur un poisson ou une tortue !

L’aquarium des lagons (www.aquarium.nc) s’efforce de montrer au public et aux touristes la beauté et la fragilité de cet environnement exceptionnel. Il a aussi un rôle traditionnel dans la réhabilitation d’espèces protégées encore localement abondante : les tortues marines.

 

 

Les tortues marines

3 espèces sont fréquentes en Nouvelle-Calédonie : la tortue grosse tête, la bonne écaille et la tortue verte. Elles sont toutes menacées d’extinction et leur abondance sur le caillou ne reflète pas la situation mondiale des populations. Ces espèces sont protégées localement, leur pêche n’est autorisée que sur autorisation exceptionnelle de la direction des ressources naturelles, pour certaines fêtes coutumières. Certains sites de pontes sont protégés par des associations, comme celui de la roche percée à Bourail (association Bwara tortue : bwaratortuesmarines.wordpress.com). C’est à cet endroit que fut récolté un nid à des fins d’élevage et de préservation. Nous avons élevés et soignés ces tortues pour pouvoir ensuite les relâcher équipées de balises, afin d’en apprendre plus sur le stade océanique…Ces tortues naissent, puis disparaissent et reviennent. On sait maintenant qu’elles dérivent au gré des courants océaniques avant de revenir adulte dans le lagon pour s’y établir et se reproduire.(photo 92)

Nous avons souvent à soigner des animaux malades, débilités, ramenés à l’aquarium par des particuliers qui les ont trouvées échouées, ou à la surface de l’eau incapable de plonger. Premiers soins, réhydratation, antibiothérapie éventuelle, radiographie ou endoscopie…Tout ces soins sont prodigués sur place ou à la clinique. Certaines pathologies relèvent de la chirurgie : extraction de corps étranger (hameçon…), occlusion intestinale. (photo 89,90,91), ou hélas de l’euthanasie, comme cette tortue très profondément mordue par des chiens errants (93)


Les poissons

Les poissons aussi peuvent tomber malade ! Dans une très grande majorité de cas, c’est l’altération de la qualité du milieu – l’eau – qui entraîne l’apparition des pathologies. L’aquarium des lagons n’est pas un aquarium à l’ancienne, les bacs y sont grands, sains, et les exigences sanitaires et comportementales des pensionnaires y sont respectées, les maladies sont donc rares.

Nous sommes cependant confrontés à des maladies parasitaires (photo 94, 95) ou des flambées infectieuses dans certain bac comme celui des périophtalmes. Les poissons ne s’arrêtent jamais de grandir, certains peuvent devenir trop gros pour le bac qui les accueille. Il faut alors les relâcher en mer…Cela peut être très compliqué lorsqu’il s’agit d’un requin nourrice de 2.5 m ! (vidéo ?)

Il peut aussi être extrêmement difficile de diagnostiquer la cause d’un problème. Plusieurs mois durant, les requins du grand bac océanique montrèrent des claquements de mâchoire (vidéo 2), cessèrent de s’alimenter et plusieurs mortalités furent à déplorer. Prises de sang, autopsie, analyses d’eau, toxicologie et recherche de métaux lourd sur les organes, recherche microscopique de facteurs branchiaux irritant sur les filtres…Rien d’anormal. Un des paramètres surprenant est que dans ce bac de 360000 litres, seuls les requins étaient touchés, les autres pensionnaires vivant leur vie sans aucun signe de maladie ou d’inconfort. Il devait donc s’agir d’une particularité des sélaciens pélagiques, mais laquelle ? 


Les requins, les raies et les chimères disposent d’un organe très particulier : les ampoules de Lorenzini. Grace à  ces structures, les requins sont capables de percevoir des champs électromagnétiques extrêmement faibles, tels ceux émis par un poisson ou par la terre elle-même. Pouvait-on rechercher s’il existait un champ magnétique anormal dans l’aquarium ?

La solution est venue de la marine nationale ! Un officier venu avec un magnétomètre spécifique mets en évidence des anomalies magnétiques majeures dans l’ensemble du bac. Imaginez une boussole ultrasensible dont l’aiguille tourne de 180° d’un coup, plusieurs fois à quelques dizaines de centimètres d’intervalle…La source de ces champs magnétiques erratiques était une malfaçon dans la construction de la partie bétonnée du bac : Après quelques années,  le ferraillage, mal isolé, était par endroit en contact avec de l’eau de mer. La corrosion résultante occasionnait les perturbations observées, et les claquements de mâchoires des requins cessèrent des lors que les fers à béton furent passivés et isolés à nouveau.


Les mammifères marins

Hélas, ce sont souvent des animaux morts ou agonisant qu’il m’a été donné de voir. Comme ailleurs, les tentatives de remise au large des baleines échouées…échouent dans la plupart des cas. Les autopsies pratiquées permettent parfois d’émettre des hypothèses sur la cause de l’échouage, ou apprendre plus sur les caractéristiques d’espèce extrêmement peu connues. Ce fut le cas le 15/11/2013, avec le premier échouage de masse de baleine à bec de Longman, réputée pour être la plus rare du monde, ou plus prudemment la moins fréquemment observée (cas clinique).(photo 97)

Certains sauvetages sont quand même couronnés de succès ! Ainsi, ce dugong échoué sur une mangrove de Ducos à pu être remis à l’eau et à regagné le large…(photo 96)

Et certaines rencontres sont tout simplement inoubliables, comme cette baleine à bosse croisée en famille un 14 juillet…(photo Alexandra Campos)